dimanche 1 décembre 2019

Prendre de la hauteur

Bonjour à tous,
Trêve d'introduction, rentrons directement dans le vif du sujet...


Quelle joie fut ce moment que de quitter Hastings et sa région, les dites montagnes en face et les vergers dans le rétroviseur. Arnaud m'avait rejoint quelques heures auparavant et en fin d'après-midi nous faisions tout deux route en direction d'un campsite qui deviendra le camp de base de notre première expédition.
Après une première nuit reposante, nous avons dédié notre première journée à la prise de contact avec ce nouvel environnement. La rivière, c'est le Ngaruroro, un fleuve pour être plus précis. Malgré des dimensions plutôt modestes, le profil encaissé de son cours rend la progression délicate. De fait, durant cette journée, nous avons eu l'occasion de travailler diverses disciplines sportives inhérentes à la pratique de la pêche à la mouche en milieu montagneux. Un mélange d'escalade et de natation... du canyoning en somme...


Les grosses truites de NZ

Ça coince, il va falloir se jeter à l'eau !
Un entrainement utile et des petits airs de "vous voilà prévenue".

Les faibles résultats halieutique et une météo maussade nous poussèrent hors de l'eau vers un autre objectif de cette journée : la préparation du matériel.



Manquant d'expérience dans le domaine, les préparatifs furent un peu brouillon, mais à la fin, nous étions absolument certains d'avoir tout prévu... trop prévu?
L'une des questions qui resta en suspend dans mon esprit mais qui n'eu aucune emprise sur mon sommeil.

L’EXPÉDITION

Au matin du premier jour, après les derniers préparatifs nous prenons le départ, pour le moins chargé... D'une part, nous avons sur le dos un équipement complet pour le couchage et la cuisine, près d'une semaine d'autonomie alimentaire, des vêtements de rechange, quelques babioles et évidement nos équipements de pêche... au bas mot, 25Kg. D'autre part, le petit déjeuner de ce matin parait presque comme un handicap tant il est copieux. Mais sachant pas quoi nous attendre pour la randonnée nous prenons le partie du mieux vaut trop manger que pas assez...
Que nous avons bien fait !

Bacon, omelette, fruits frais, muesli et pain complet... de quoi tenir !
Notre premier objectif est de rejoindre une hûte, temps estimé à 5h selon nos estimations. Estimations rapidement mis à mal par la réalité du terrain. Il faut dire que la pente est raide, que nous sommes surchargé et qu'il faut bien le reconnaître, que nous sommes sans doute pas assez préparé.


C'est après de gros  efforts que nous parvenons à destination. Bilan : 8h de marche, peut être 15km et 1500m de dénivelé positive comme négative... et aussi quelques truites capturées sur un ruisseau longeant les derniers kilomètres de notre parcours.


La journée se termine avec la dégustation d'un carpaccio de truite, de quoi faire le plein de protéine pour consolider les muscles après cette marche éreintante.




Au matin du deuxième jour. Nous émergeons de la tente et faisons plus ample connaissance avec un habitué de la Kewaka Forest que nous avons rencontré la veille. Terry, 73 ans, ex "meat hunter" (litteralement chasseur de viande de cerf à des fins commerciales). Ces montagnes n'ont plus aucun secret pour lui et il nous assure que la rivière est bardée de truites là ou nous sommes.

Jolie non ?

Nous le constaterons assez vite. Malgré une réussite en berne, nous sortirons de l'eau une bonne quantité de truites tout au long de la journée.



Viandard spirit !
Après en avoir bien profité, un point cartographie s'impose. Dur de décider Aranud de refaire une marche pour rejoindre la rivière 15 km en amont, mais avec l'aide de Terry et ses promesses de beaux parcours et de belles truites nous concluons à prendre le départ le lendemain.


difficulté matinale
Au matin du troisième jour, nous sommes déjà sur les rails et c'est absolument sans peine que nous gravissons le premier sommet de la ligne de crête. La lumière, la foret, les montagnes... un panorama magnifique s'étend devant nous.


La pêche est le prétexte, avoir des cadeaux comme celui là, la raison de se genre d'escapade halieutique.


Étonnamment simple jusque là, la marche se durcit de part la longueur de la route de crête, qui vous fait monter et descendre à plusieurs reprises plus de 150m de dénivelé. La rando se termine en apothéose avec une descente plus proche d'un mur d'escalade que d'un chemin de randonnée.

Nous arrivons à l'endroit souhaité en milieu d'après midi. Le site est magnifique avec une charmante petite hutte et cette fois encore des occupants. Eux sont plutôt citadins et sont arrivés là par la voie des airs. "Il faut être con pour venir ici en marchant !". Pour souligner l'effort, nous sommes invité pour le dîner et leur promettons de la truite pour accompagner le repas.


Casse, décroche et peu d'opportunités... il s'en est manqué de peu pour que nous rentrions bredouille. Heureusement Arnaud, après un combat épique qui lui coûtera cher, parvient à ramener une belle et grasse truite. contrat rempli ! Ne nous reste plus qu'à se remplir l'estomac avec nos nouveaux amis.
Une repas copieux et copieusement arrosé de bourbon. De quoi trouver aisément le sommeil !

Au matin du quatrième jour, le moral n'est pas au beau fixe. Nos amis nous quitte avec leur hélicoptère retour, mais surtout de l'inquiétude chez Arnaud qui se plaint d'une douleur au pied droit. A première vue, une grosse ampoule, rien d'alarmant.
Nous partons donc à la pêche, confiant me concernant.

Embarquement imminent
Imaginez une rivière magnifique, un petit gabarit pour une pêche en eaux rapides comme à la maison à la différence près que les captures font toutes plus de 1,5Kg ! Et parfois même plus avec une 6lbs (2,7kg) capturée sur une de mes création favorite, le giant spent !




Je profite seul de ce jeu amusant car Arnaud traîne de la patte et ce de plus en plus au fil de la journée. il finira par me laisser en début d'après midi.
De retour au camp de base, cellule de crise. D'abord des examens approfondis. "Non Arnaud, une ampoule ça ne fait pas gonfler la cheville !" Nous convenons qu'il s'agit d'une entorse faite la veille lors du fameux combat épique. Nous élaborons ensuite un plan pour le lendemain, car il nous faudra bien rentré.


Pour finir cuisine dans la hutte avec une fois encore de la truite pour le dîner et une tentative de filet fumé pour le conserver jusqu'au lendemain.


Au matin du cinquième jour, les dès sont jetés !
Nous partirons dans l'après midi. Arnaud ne pêchera pas et prendra le temps de se reposer et de se confectionner une atèle. Quant à moi, je pêcherai pour rentrer en milieu de journée.


Quelques poissons plus tard me voilà de retour à la hutte. Je retrouve Arnaud ragaillardit prêt à en découdre avec la montagne. Cocktail Ibuprofène paracétamol, ça aide !

Scotch US, toujours utile dans le sac à dos
Nous voilà repartit en milieu d'après-midi avec comme idée de marcher jusqu'à la nuit.
C'est ce que nous ferons avec une bonne progression et un cinquième jour qui se termine à la belle étoile sur une corniche à 1200 m d'altitude.


Au matin du sixième jour, nous sommes fatigués. Entre pluie d'étoiles filantes et passages de cerfs à coté de nous, on ne dort pas si bien à la belle étoile. Dommage car une longue marche nous attends.

Après un café, nous rattaquons directement la marche en direction de notre premier point de chute (la hutte à Terry). Nous prenons un gros petit déjeuner et nous reprenons notre chemin pour la hutte la plus en aval de la rivière pour y passer la nuit. Une fois encore, le chemin est des plus hostile et c'est tant bien que mal que nous arrivons à destination.

A quelques centaines de mettre de notre dernière destination
La douleur d'Arnaud semble s’être améliorée,  et nous passons un peu de temps à la pêche. Rien de glorieux mais suffisamment pour prendre une truite et l'échanger contre des bières et de la viande à deux jeunes chasseurs qui se trouvaient là.
La journée se conclu par une improbable pêche à l'anguille, un peu sanglante mais tellement fun.


Au matin du septième jour, plus question de remonter sur les crêtes, c'est donc par la rivière que nous regagnerons nos véhicules.
Plus ouverte à cet endroit, la vallée est facile à descendre. Nous progressons vite, sans douleurs et nous prenons le temps de faire quelques coups de ligne, avec un bon degré de réussite.



Il nous tarde tout de même d'arriver à la voiture, d'autant plus que nous avons planifier depuis le début une soirée crêpe pour se remettre dignement de nos émotions.
C'est en milieu d'après midi que nous arrivons au campsite. Fatigué mais en un seul morceau, c'est l'essentiel !

Ainsi s'achève cette première expédition et de suite... et bien, la suite !
Durant la quasi totalité de cette expérience, il y a eu comme un décalage entre Arnaud et moi, sans que cela ne soit réellement un problème. Il faut dire que nous n'avons surement pas les mêmes attentes, ni sur le voyage, ni sur la pêche, ni sur la vie.
"nous devrions acheter ceci pour être mieux équipé... nous devrions télécharger cette application, c'est plus sur..." Étant dans une recherche de liberté, ultime et sauvage, quelqu'un à mes cotés qui me rappelle sans cesse à la civilisation à quelque peu ternit le tableau, et je garde la conviction que seul, l'expérience aurait été autrement plus intéressante.
Mais le hasard fait toujours bien chose... de part l'absence de réseau téléphonique, Arnaud en manque de nouvelle de ses proches, s'est sentit l'obligation de retourner au monde réel et connecté et ce sans profiter de la soirée crêpe !
Ce fut l'occasion pour moi de lui faire mes adieux, brièvement et sèchement, je n'ai pas de talent pour ça.

C'est donc en solitaire que l'aventure continue... mais d'abord les crèpes et un peu de rangement !



Particulièrement affûter, l'idée était de ne pas se refroidir. Ainsi dès le lendemain, je pris la direction d'une autre rivière très connue sur l’île du Nord.

NZ style !

Midi sonnant, cette fois il ne me fallut pas très longtemps pour me préparer pour à une nouvelle expédition.


Après l'étude de la carte topographique, je me résolu à ne faire qu'une "courte" escapade, 3/4 jours tout au plus.


Une fois encore, la rivière est magnifique. Au début du parcours la vallée reste ouverte, facile d’accès, et les truites très nombreuses !


L'idée était de rejoindre rapidement des secteurs plus encaissé sur la rivière, mais je ne pu résister à la tentation et me mis à pêcher avec le grand plaisir de retrouver de belles farios.



Ma progression en prit un coup et ma première se passa nuit non loin de ma place de parking...

Après un grasse matinée bienfaitrice, je repris mon chemin vers l'amont. Au fur et à mesure de mon avancement, la vallée devint plus étroite et les truites moins nombreuses, mais le paysage bien plus beau.

Le plaisir de laisser les première trace...




Quelques kilomètres et quelques truites plus tard, je me retrouvai face à un secteur de gorges. C'était déjà la fin de l'après-midi et il ne me sembla pas raisonnable de tenter une percée à cet instant. N'étant pas pressé, j'en profita pour monter le campement, et surtout "ne rien foutre" ! L'endroit était sublime et se prêtait parfaitement à cette dernière activité.


Le lendemain, il me fallut un peu de conditionnement mentale avant de partir à l’assaut des gorges. L'endroit semblait pour le peu inhospitalier invitant de fait à redoubler de prudence.




Je tenta diverse tentative pour progresser dans ce milieu. Prendre de la hauteur, traverser à la nage...

C'est beau, mais c'est haut...

Matelas gonflable de sortie pour faire traverser le sac sans le mouiller
Mais à chaque fois ces tentatives se soldèrent par un demi-tour. Deux pas en avant, un pas en arrière !
Enfin, alors que j'était perché sur une étroite corniche à 5 m au dessus de la rivière, il y eu la chute !
Pour l'avoir testé avant, l'eau n'était si froide, mais mon équipement était intégralement mouillé, j'aurais aussi pu me blesser. Un avertissement qui sonna suffisamment fort pour me pousser à rebrousser chemin. D'autant plus que le ciel, bleu jusqu'alors, se chargea significativement.

La marche retour fut longue, j'avais finalement bien avancé. Alors que je coupais à travers les pâtures à montons, je fis la rencontre d'un berger (et de ses neuf chiens) qui me proposa de me reconduire à ma voiture. Inattendue et appréciable, d'autant plus que le ciel se faisait de plus en plus menaçant.



A peine arriver, qu'un orrage se déclara. Parfait timming !


Après cette dernière virée, se fut le retour à la civilisation. Non pas que cela me manquait, mais les rivières ayant montées ne me restait pas grand chose d'autre à faire.
Si claire la veille, si trouble maintenant

Il n'y qu'en Nouvelle-Zélande qu'on peut voir ça
Un coup de téléphone à mon ex-hôte woofing, Tim, et me voilà de retour chez lui.
Un peu de bon temps avec de la bonne compagnie, ça fait toujours plaisir.

Tim la menace, il ne fait pas bon être un burger !
Quelques explication sur un track à Josh, mon co-Woofer allemand

Encore un peu de pêche du coté de chez Tim

L'occasion aussi de prendre des nouvelles des proches et d'en donner au travers ce nouvel article sur le blog...

Mon cadre de travail à quelques minutes d'un nouveau départ !
Actuellement, je suis sur le départ avec des projets qui me conduisent en direction sur l'île du Sud, mais avec très certainement une dernière halte sur une rivière du nord.


A très vite pour la suite des aventures...
Matthieu Pornon